Vœux de nouvel an du Front des Partis de l’Opposition Congolaise au Peuple congolais
Écrit par Le Sce de com du FPOC
En ce début d'année, le front des Partis politiques de l'opposition congolaise (FPOC) avec plus d'une dizaine de partis, a adressé les vœux de nouvel an 2010 au Peuple Congolais dont voici la teneur
Congolaises, Congolais, chers
compatriotes
L’année 2009 se termine dans
quelques jours, laissant le souvenir d’une année inachevée, tant les nombreux
problèmes politiques, économiques et sociaux qui s’y sont posés, sont demeurés sans
solution.
Pourtant, des moyens
institutionnels, financiers, matériels et humains existent pour résoudre ces problèmes. Sur le plan politique, l’année
2009 se sera par ailleurs caractérisée par l’obstination du pouvoir à rejeter
l’organisation consensuelle des élections libres et transparentes notamment en refusant de tenir un
véritable dialogue, en interdisant l’accès des forces politiques de l’opposition aux
médias d’Etat, en violant la Constitution, en ne finançant pas de façon équitable
les partis, en ne respectant pas les engagements pris.
Après les tensions nées de
l’élection présidentielle, scrutin du 12 juillet 2009, le temps est venu d’en finir avec le
climat politique actuel, où la relation entre le pouvoir et l’opposition est marquée du sceau
de la méfiance et de la suspicion, bref, par une crise de confiance.Le moment est plus que jamais venu de tisser une nouvelle relation; fondée sur un vrai dialogue, la reconnaissance des
droits de l’opposition, la tolérance réciproque, à l’effet d’impulser une dynamique nouvelle
qui ouvre la voie à l’exercice d’une véritable émocratie plurielle,
respectueuse des libertés, des droits humains, de la différence et de l’alternance. Aujourd’hui, la tâche primordiale
du président de la République est de renouer le dialogue et restaurer la
confiance entre tous les Congolais. Il y va de son rôle constitutionnel de garant de
l’unité nationale et de son serment solennel de respecter et de défendre la Constitution et la
forme républicaine de l’Etat.
Sur le plan économique, la
situation reste marquée par le règne d’un seul produit, le pétrole dont l’évolution donne
l’illusion d’un pays en croissance, pendant que de nombreux secteurs qui ont
constitué hier la base de l’économie congolaise se meurent. Le café, le cacao ont disparu. La
forêt, principale source du budget de l’Etat il y a
encore quelques années, ne
contribue plus que très faiblement au revenu national. ucune industrie, aucune
manufacture, aucun service de bonne facture, susceptible de générer des emplois n’a vu le
jour.
Pourtant, les énormes ressources
tirées du pétrole auraient pu permettre de réaliser de bons investissements, fondateurs
d’un bon tissu économique, créateur d’emplois et de richesses additionnelles pour le
pays et pour les Congolais. Comme nous le savons tous, la
production pétrolière atteint dans notre pays un niveau appréciable de plus de cent (100)
millions de barils par an. Au prix actuel du baril et avec un dollar à plus de 450 FCFA,
notre pays engrange des ressources importantes qui auraient pu permettre la
réalisation des infrastructures de développement dans les secteurs porteurs comme
l’agriculture, l’élevage, la pêche, les énergies renouvelables, les PME et PMI, le bâtiment, les
routes, les communications, les télécommunications, ’agro-alimentaire, les
industries culturelles, les industries touristiques, etc.
Il n’est plus un secret pour les
Congolais, que l’Etat a tiré du pétrole depuis 2003, plus de 11.000 milliards de FCFA au
titre du budget et plus de 2.500 milliards de FCFA au titre des excédents budgétaires.
Notre préoccupation légitime est celle de savoir ce que le gouvernement a fait de ces
revenus considérables, qui circulent entre la SNPC, la COTRADE et le Trésor. Dans un
souci de transparence, il est de bonne politique que le gouvernement réalise un audit
dont-il publiera les résultats, de la SNPC, de la COTRADE et du compte de
stabilisation des excédents budgétaires ouvert dans les écritures de la BEAC.
Cet audit est plus que jamais
nécessaire en ce moment où les prévisions de ressources pour l’année 2010 apparaissent
alléchantes avec des revenus budgétaires estimés à 2814 milliards 900 millions de
FCFA, et 1360 milliards de FCFA d’excédents. Comme l’avait dit le président de
la République dans son discours sur l’Etat de la Nation en 2008, nous demandons au
gouvernement de publier le relevé du compte de stabilisation avec son solde au
jour de la publication, en indiquant par ailleurs le traitement en fin de chaque année
de la réserve de précaution opérée à la fois sur le prix du baril (5 à 10 dollars US
par baril) et sur le volume de la production totale (environ 10%).
Notre pays a besoin d’une
véritable politique économique à tous les niveaux et d’une bonne gouvernance qui assure la
transparence parce que les Congolais veulent savoir comment sont gérées leurs
ressources et sentir de façon concrète, l’impact de la croissance économique et de
l’embellie financière sur leur vécu quotidien.
Sur le plan social, les gouvernants ont entre autres obligations,
la satisfaction des desoins fondamentaux des
populations qui passe par la répartition rationnelle et équitable du revenu national.
Toute personne, en sa qualité de membre de la société, a droit à la sécurité sociale. Par
ailleurs, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 indique en son
article 23 alinéa 3 que « quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et
satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité
et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale ».
Au Congo, le traitement des travailleurs n’obéit nullement aux
stipulations de l’article sus-cité malgré les énormes
ressources financières dont le pays dispose depuis 2003. Les salaires des fonctionnaires,
les pensions des retraités et les bourses des étudiants ne suivent pas l’évolution des
prix sur le marché, au point où 70% des congolais n’ont pas droit à une existence
conforme à la dignité et vivent en dessous du seuil de pauvreté.
L’on se rappelle que l’année 1994 a été marquée sur le plan
économique par deux évènements majeurs : la chute
drastique du prix du baril du pétrole à 9 dollars US et la dévaluation du franc CFA à hauteur
de 50%. Face à cette situation catastrophique, le Gouvernement de l’époque avait
pris les décrets n°94-769 du 28 décembre 1994 portant suspension des effets
financiers à la suite d’une titularisation, d’un reclassement, d’un avancement,
d’une révision de situation administrative ou de toute autre promotion et n°94-770 du 28
décembre 1994 portant réduction des indemnités et primes des fonctionnaires, tout
ceci en dépit de l’érosion des revenus due à l’accroissement des coûts et à la
dépréciation monétaire. Ainsi, la chute drastique du pouvoir d’achat dans notre pays
est l’une des causes essentielles de l’élargissement de la pauvreté et de la misère.
Au sortir des guerres à
répétition que le Congo a connues de 1993 à 1999, non seulement les Congolais ont tout
perdu, mais le Gouvernement, par des moyens divers (intimidations,
corruption) impose depuis dix ans, une trêve sociale injustifiée pendant que le pétrole coule à
flot, apportant à l’Etat, des revenus considérables.
Comme il a été indiqué plus haut,
depuis 2003, le budget de l’Etat a dégagé des excédents importants logés dans
un compte de stabilisation ouvert dans les écritures de la Banque des Etats de l’Afrique
Centrale (BEAC). Ces excédents sont estimés à plus de 2.000 milliards de francs CFA
à la fin décembre 2008, somme à laquelle il faudra ajouter à la fois l’excédent
prévisible de 2009, au moins 150 milliards de francs CFA et celui prévisible de
2010, estimé à 1.360 milliards de francs CFA.
Par ailleurs, à l’issue du
Conseil des Ministres du vendredi 06 novembre 2009, le Porte-parole du Gouvernement a
indiqué que la croissance de l’économie congolaise sera de 12,1% en 2010 et que le
budget de l’Etat, exercice 2010 était évalué à 2.814 milliards 900 millions de francs
CFA. Il a ajouté que ce budget était le plus important depuis que le Congo est
indépendant. Comment donc comprendre qu’avec une situation financière aussi
florissante, le gouvernement n’ait pas pensé à
inclure dans le budget 2010, la moindre petite mesure en faveur des travailleurs et
qu’il s’évertue au contraire à contraindre les organisations syndicales à signer une nouvelle
trêve sociale ?
Comment comprendre qu’avec une
telle embellie financière, le gouvernement refuse d’appliquer l’accord signé avec
les organisations syndicales le 23 septembre 2008, accord consacré par le communiqué
final sanctionnant les travaux de la quatrième session ordinaire de la
Commission AD HOC sur la trêve sociale ?
Pour justifier le non respect des
engagements pris vis-à-vis des travailleurs auxquels il avait promis la levée des mesures
de blocage des effets financiers des avancements et d’abattement des indemnités
pour le 1er janvier 2010, le Gouvernement invoque la crise économique mondiale et les
négociations en cours avec le Fonds Monétaire International (FMI) en vue de
l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE.
L’embellie financière sans
précèdent que notre pays connaît aujourd’hui apporte un cinglant démenti aux allégations
du Gouvernement. Le pouvoir dispose de moyens financiers suffisants pour
respecter les engagements qu’il a pris à l’endroit des travailleurs. Il lui suffit pour
cela de manifester dans les faits, la volonté politique de respecter la parole donnée. En
tout état de cause, toutes les centrales syndicales sont déterminées à refuser une énième
trêve sociale. Dans toutes ces centrales, la base met en garde les directions contre
toute velléité de corruption et se mobilise pour faire échec au nouveau plan du pouvoir
visant à imposer aux travailleurs une nouvelle trêve sociale.
Le Front des Partis de l’Opposition Congolaise (FPOC), qui milite
entre autres, pour la promotion des droits sociaux des
populations, soutient fermement les travailleurs dans leur lutte pour refuser la
nouvelle trêve sociale que le pouvoir cherche à leur imposer et les exhorte à renforcer leur
unité et à redoubler de combativité pour faire aboutir leurs justes revendications. Dans
la même veine, le Front des Partis de l’Opposition. Congolaise (FPOC) dénonce le
comportement inhumain du Gouvernement à l’égard des retraités qui, deux ou trois
ans après leur départ à la retraite, n’ont toujours pas touché pour la plupart, un seul
mois de pension, alors qu’en 2007, le président de la République avait pris
l’engagement dans son discours sur l’état de la Nation, que le traitement des dossiers de
retraite serait désormais automatique.
Comment comprendre que des gens qui ont cotisé chaque mois pour
leur retraite du temps où ils étaient en activité,
soient à ce point humiliés par le Gouvernement, comme s’ils quémandaient une
aumône ?
Comment comprendre l’attitude du
Gouvernement à l’endroit des retraités de la CNSS dont les minima de pensions
demeurent les plus bas de la sous-région et dont les arriérés de paiement ne font pas
l’objet d’un plan d’apurement et ce, en dépit de la lourde dette de l’Etat à l’égard
de la CNSS d’une part, et de l’embellie financière que connaît le pays actuellement
d’autres part.
Que dire du manque quotidien d’eau
potable et d’électricité dans les foyers, de la vie chère, des salaires de misère
dans la Fonction publique, du chômage massif des jeunes, de la dégradation continue des
formations scolaires et sanitaires, de l’intégration frauduleuse de certains non-enseignants
en lieu et place des finalistes des écoles professionnelles (ENS, ENI,
ENBA), bref de l’insécurité sociale galopante qui est le lot commun de plus de 70% des
congolais ?
Au-delà de la propagande
tapageuse sur le « Chemin d’Avenir », le Gouvernement actuel continue de mener une
politique foncièrement anti-sociale et anti-populaire.
Uniquement préoccupés par leurs
intérêts personnels, les dignitaires du pouvoir affichent une indifférence
hautaine vis-à-vis des problèmes des populations et détournent à leur seul profit la
manne pétrolière. Il y a un véritable divorce entre les discours du pouvoir et ses actes.
Le peuple qui l’a appris à ses dépens ne se fait plus aucune illusion et ne croit plus
aux promesses mielleuses. Il appelle ardemment de ses vœux, un changement de politique
et d’hommes. Le mécontentement profond qui se manifeste aujourd’hui en milieu
des travailleurs atteste de ce besoin de changement.
Congolaises, Congolais, chers
compatriotes
Tel est le sombre tableau de la
situation économique et sociale du Congo aujourd’hui. Le 12 juillet 2009, en boycottant
massivement l’élection présidentielle à travers une abstention record de plus de 95%,
vous avez dit non à la politique d’hier qui demeure malheureusement la même
aujourd’hui.
Pour amplifier ce rejet et
contribuer à la promotion d’une alternance démocratique au Congo, il est nécessaire que tous
les déçus du pouvoir actuel, par delà leurs différences, voire leurs
divergences, se rassemblent, aux fins de construire ensemble, les conditions d’un changement
réel et d’une rupture d’avec les conceptions, les mentalités, les pratiques
politiques et sociales d’hier et d’aujourd’hui.
Le Front des Partis de
l’Opposition Congolaise (FPOC) ne doute pas que chacun de vous se mobilisera et apportera
sa pierre à la réalisation de cette œuvre de salut national.
Le Front des Partis de
l’Opposition Congolaise (FPOC) qui compatit à vos souffrances actuelles, saisit l’occasion du
nouvel an, pour vous souhaiter à chacun et à tous, une bonne et heureuse année 2010.
Fait à Brazzaville, le 30
décembre 2009.
Pour le Le Front des Partis de l’Opposition Congolaise (FPOC)